Le-Scaphandrier

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Le sinistre pillage du Grand St Antoine

Le sinistre pillage du Grand St Antoine

Le navire maudit…

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Peinture marine d’Elie Boissin

Dans les collines de Bandol, au fond d’un vallon, en ce mois de septembre de l’année 1720, se trouvait un couple tendrement enlacé. On y entendait les protestations véhémentes de la demoiselle :

-         Non Julien, tu n’auras pas ma rose ! En tout cas pas avant le mariage ! Même pour cela, il va falloir que tu demandes ma main à mon père et à ma mère. Et tu sais que ce ne sera pas facile, vu qu’avec les tiens, ils se tirent la bourre depuis des siècles.

Son compagnon arrêta là sa fougue amoureuse :

-         Je le sais bien Ninette, mais comment faire ? Toi tu ne veux pas ! Eux, ils ne veulent pas que  l’on se marie ! Je vais me faire capelan si ça continue.

-         Ju, tu n’es qu’un pistachier ! La grande Sissou, elle te suffit pas dis ! Qu’elle a du poivre dans la culotte, tous les garçons en profitent.

-         Mais enfin, ma Nine belle, tu sais bien que ce n’est pas vrai, il n’y a que toi qui comptes. Je te le dis, je suis prêt à te marier.

En fait l’objet de cette querelle, entre la famille Troubarède à laquelle Fanny appartenait, et les Corniflouille, ceux de Julien, remontait bien loin. Il se disait, que c’était une histoire de femme. L’une des arrières grands-mères Troubarède mariée avec un Corniflouille devait apporter douze chèvres en dot. Il n’y en avait eu que six, les parents de la belle ayant appris fortuitement que le futur mari avait fait un petit à une fille du village. Aussi, un jour à la sortie de la messe, ils avaient traité le vil séducteur de voleur de poules. De là une querelle inextinguible. Ce qui n’arrangeait pas nos deux tourtereaux.

-         Tes parents Fanny, c’est des rascous ! Ce qu’ils veulent, c’est de la monnaie ! alors que nous, on n’a rien ou pas grand-chose.

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Après un dernier baiser, ils se quittèrent laissant Julien réfléchissant à se briser la coucourde.

En arrivant sur le port de Bandol, des gens du village échangeaient des propos :

-         Il parait qu’il y a la peste à Marseille, elle aurait été amenée par le grand bateau qui est resté dernièrement quinze jours au mouillage au Brusc.

-         Je l’ai vu reprend un autre, cette barque, mouillé devant le Brusc.

Julien, après avoir entendu cela, préféra s’éloigner. Le lendemain, il trouva un attroupement plus conséquent que la veille.

-         Ce bateau, c’est le Grand St Antoine qu’il s’appelle !

-         Ils l’ont brûlé avec toute sa cargaison, les gens de la diligence qui est passée hier soir nous l’ont dit.

-         Mais non, il y en a un qui disait que la cargaison, elle n’est pas brûlée. C’est des ballots de soie, vous vous rendez compte, ce que ça vaut !

-         Vouai ! Ils les auraient débarqués du bateau avant d’y mettre le feu, là-bas dans une île.

Entendant cela, Julien s’approcha  demandant à Louis, l’un de ses amis présent.

-         Tu sais où elle est cette île, là où ils sont mis en tas les tissus d’Orient ?

-         C’est loin d’ici en tout cas, mais quand même, bien avant Marseille. Les pêcheurs, qui y vont des fois l’été, ils disent que c’est l’îlot de Jarre.

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Julien maintenant réfléchit intensément :

-         Mais dis Louis, toi qui as fait le pêcheur, tu l’as toujours ta barquette ?

-         Oui bien sûr. Pourquoi tu me demandes ça ?

-         Réfléchis bien, on peut faire fortune ! On va sur cet îlot, il fait beau en ce moment, on se charge les tissus, et on va les vendre à Toulon.

-         Tu es fou Julien, tu sais bien que c’est interdit !

-         Interdit ! Pourquoi ? La peste, elle ne peut pas être dedans ! Personne ne saura d’où ça vient. Cela vaut cher la soie non ?

-         Évidemment, vu comme ça, tu as raison. Mais surtout on ne dit rien à personne. Le consul de Toulon, Monsieur d’Entrechaux, lui, il ne plaisante pas, on aurait vite fait de se retrouver en carabousse.

Demain matin, on profite au lever du jour de la brise de terre et en route vers Marseille. On y sera dans la journée. On charge le maximum et on est là demain soir. Après, on va à Toulon vendre le tout sur le marché. Pourquoi ça te rend-il si heureux ?

Julien, lui est plus que réjouit. Aussi n’hésite t-il pas à en faire part à son ami.

-         Louis, je vais t’expliquer. Je veux marier la Fanny Troubarède. Mais ses couillons de parents, ils en veulent aux miens pour une histoire de six chèvres. Alors, avec le produit de nos ventes, je vais te les leur payez, moi leurs biquettes. Ils ne pourront plus me refuser leur fille.

Ce qui fut fait. Les rouleaux de soie qui venaient des Échelles du Levant furent vendus à Toulon. Les  rats et les puces se trouvant, dedans colportant la peste qui se répandit dans toute la Provence, où cinquante mille personnes périrent ainsi pour les beaux yeux de Fanny Troubarède.

Extrait de mon livre « Les contes du Cap Sicié »

Les Presses du Midi.

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29/04/2018
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