Le-Scaphandrier

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Une lecture hivernale par Henri Eskenazi

Le voyage des sens ou le sens du voyage.

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par Henri Eskenazi

La beauté du voyage est plus forte que la tristesse des hommes. À cause du message qu’il souhaite délivrer, le voyage est dans l’air du temps. Synonyme de désir et de plaisir. Il peut s’agir d’un simple fantasme qu’il n’est pas obligatoire de vivre, mais c’est un message auquel les épicuriens adhèrent totalement et vers lequel ils ont envie d’aller. Le voyage a de tout temps inspiré les hommes et gravé dans leurs esprits tout un univers de trésors enfouis, de nature sauvage, exubérante, et de mythiques Robinson. Chaque déplacement sur la planète ou bien au-delà change le cours de la vie et assouvi les rêves du plus humble des chercheurs au plus célèbre des découvreurs.

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Le voyage ne se résume pas à une mouvance dans l’espace, c’est d’abord un style, une manière de penser et de s’ouvrir aux autres. Bien sûr, l’évasion fait partie des attributs du bonheur car elle est symbole de liberté avant tout, mais après heureusement, d’autres émotions surgissent avec la découverte, la connaissance, le savoir. La différence, qui est l’essence même du voyage. L’exotisme des pays lointains, c’est d’abord une attitude où on laisse sa pensée totalement libre, sans la brider. Un voyage n’est véritablement réussi, qu’à partir du moment où tous nos sens se mélangent pour nous permettre d’inventer une histoire. Notre autre histoire peut-être ?    

Comme l’uchronie, genre qui, dans la fiction, repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Un temps qui n’existe pas. Un « non-temps ». Régis Messac, dans sa revue Les Primaires donne, en 1936, de l’uchronie cette définition : "Terre inconnue, située à côté ou en dehors du temps, découverte par le philosophe Renouvier, et où sont relégués, comme des vieilles lunes, les évènements qui auraient pu arriver, mais ne sont pas arrivés". Il suffirait juste d’y associer des moyens techniques qui permettraient de remonter dans le temps et donc de modifier le passé, pour se déplacer dans l’espace uniquement par la pensée. Tel Joy au milieu des glaces, dans "Instants de survie".

Une personne qui sait apprécier le voyage, le vit sans culpabilité et assume la différence. Ceci est à la portée de tous, pour peu que l’on accepte de changer son regard sur autrui, jouir de paysages changeant, apprécier les mœurs différentes des habitants étrangers qui ne le sont plus dans leurs pays. Comprendre les comportements étranges. Sans jugement aucun. Accepter.

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Un homme qui aime le mystère saura regarder, entendre et apprendre. Ici, on est dans la subtilité, pas dans des images gratuites ou des clichés galvaudés. Quand je parle de mystère, je parle de l’identité de l’autre, pas de corps ni de mots. J’essaye de plonger mon regard pour se faire évader mon âme, booster mes sens et ainsi, penser différemment. Il est difficile d’expliquer cette sensation… Rompre avec ses habitudes pour être surpris. Constamment. Il y a quelque chose de sensuel là-dedans, une sorte d’oralité très forte de manger le monde qui m’entoure. 

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De ce fait, je ne suis pas fidèle à un pays. Un voyage correspond à des épisodes de la vie, une histoire d’amour, une rencontre. A un moment, j’ai envie de tourner la page et de réinventer ma vie. Changer le temps qui s’écoule. Ailleurs, pourquoi le temps n’aurait-il pas une dimension plus spécifique ? Les secondes et les minutes pourraient s’entrecroiser et coexister ensemble. Les secondes ne se suivraient pas mais existeraient l’une à côté de l’autre. On vivrait pleinement le présent et on envisagerait alors l’avenir en respectant le passé. On ne passerait pas d’une phase à l’autre mais une phase s’inclurait toujours dans la suivante.

Tempus fugit, le « chemin perdu », chez les horlogers définit l’espace entre ce qu’ils nomment le repos et la chute, autrement dit le tic et le tac. Comme une balade enthousiasmante et fugace de notre cerveau, autour de la fragilité de l’humain. Un spectacle personnel, féerique et festif sur le temps passant qui passe, passif au passé ou futur à venir. Quelques pas seulement durant moins de une seconde, pour engendrer toute une vie pourtant. Une juxtaposition d’infimes instants éternels.

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Si le futur n’est pas ce que l’on souhaitait, le temps qui passe garde encore ses mystères et toutes nos espérances. Ma vision du voyage, c’est l’abandon, le lâcher prise, comme une énergie qui me remplit le corps. C’est le temps qui s’arrête, un moment suspendu. Mais cela ne se limite pas au voyage, çà peut être aussi une belle musique. Une belle œuvre. Celle de la vie…

 



09/12/2015
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