Le-Scaphandrier

Le-Scaphandrier

Sous le pont d'Aubenas

Un chapitre mon livre « À table Scaphandriers »

Histoires de chantiers et produits des terroirs locaux.

Couv A table.jpg

C’était en Septembre 70, où l’on me confiait souvent des visites d’ouvrages immergés, piles de ponts routiers et SNCF dont je m’étais fais une spécialité.

Pour ces relevés, j’avais comme plongeur Christian, un grand gaillard que les heures dans l’eau trouble et froide, le courant n’effrayait pas.

Un sacré nageur en plus, qui pour aller d’un pont à l’autre, se jetait à l’eau dans un fort courant. En fait il avait inventé le Canyonning avant tout le monde.

Il était aussi un peu braco et porté sur le prélèvement de quelques truites farios vagabondes.

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Une pêche que l’on se faisait griller dans un pré discret en pleine nature. Passons, c'était il y a longtemps il y a prescription.…

Truites sur Grill.JPG

Nous avions aussi un aide, un nommé Flakenski,

Nous arrivons un beau matin d’été à Aubenas dans l’Ardèche pour effectuer la visite du pont sur la nationale, où il y a la plus grande circulation, dont les camions semi-remorques de grumes de bois imposantes venant de la Haute Loire.

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Christian se met à l’eau, plonge, un léger mono bouteille sur le dos, vu la faible profondeur. Je suis sur le parapet, à sa verticale, carnet en main pour  noter toutes ses observations.

Il refait surface avec une mimique expressive, secouant les mains et m’appelle :

-         «  Il va y avoir du travail sur celui là.. »

Il redescend avec une pige métallique étalonnée, il trafique au milieu de la pile de droite, je le vois moins, il fait le tour, va de l’autre bord,  ressort avec la pige et me crie

-         « …je viens de la passer à travers la pile qui est complètement percée par une cavité énorme, ouverte, de part en part.. »

Stupéfaction de ma part et trouille rétrospective surtout que passe à ce moment là l’un de ces monstres de camions avec son chargement cité plus haut.

Le pont vibre, je m’attends au pire. Le camion s’éloigne, moi aussi en n’omettant pas de dire à Christian de sortir de l’eau et vite ! Seul Flakanski, qui n’a rien compris circule encore sur l’ouvrage que j’imagine transformer en tas de pierres anciennes, baignant dans la rivière.

Avec Christian dégoulinant de flotte, dans son vêtement de plongée qu’il n’a pas quitté, nous sommes de suite, dans les bureaux de la subdivision des Ponts et Chaussées locale où je remet un début de plan le plus simple.

plan pont.jpg

Sous l’œil rébarbatif de l’Ingénieur responsable du secteur, voyant une mare d’eau s’étendre aux pieds de Christian, nous remettons un rapport rapide et catastrophique.

Le subdivisionnaire, sort le parapluie, non pas pour l’eau envahissant son bureau, mais pour les décisions à prendre. Il appelle l’Ingénieur en chef.

Ce dernier me demandant au téléphone, me met en demeure de trouver une solution. 

Je lui réponds en lui indiquant que dans un premier temps, il pourrait limiter le tonnage, sa réponse :

-          « Où vont passer les grumiers, c’est la seule route »

Je lui conseille une réparation de cas d’urgence c’est à dire dans les plus brefs délais

-          « …oui, bien sur, mais même dans l’immédiat.. »

Quand soudain ce haut fonctionnaire à un éclair de génie :

-         «  Il va falloir mettre un agent technique sur le pont pour prévenir… »

Je lui rétorque qu’en cas d’écroulement de l’ouvrage, cela occasionnerait une victime de plus, avertie, sans doute, mais victime quand même.

Autour de moi, dans le bureau de l’ingénieur, devenu étang, (c’est fini le vêtement de Christian est maintenant, parfaitement égoutté), les visages des agents techniques se ferment. Car, qui va être le premier volontaire nommé d’office ? Le suspense a peu duré en effet.

Les Ponts et Chaussées, étaient quand même gérés par des hommes de terrain responsables et énergiques.

Le lendemain avec un devis d’urgence les travaux commençaient dans la foulée.

Le Pont d’Aubenas est toujours en place.

Nous nous sommes offert un repas comportant un plat du terroir local « Les Cailles aux figues »  que je me suis empressé de reproduire lors de mon retour au foyer familial à la grande joie de mon épouse, véritable Pénélope du scaphandrier.

Cailles aux Figues 2.jpg

 



16/02/2015
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