Le-Scaphandrier

Le-Scaphandrier

L’épave du Ministre

Monsieur le Ministre ! Porquerolles ne répond pas !

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Nous sommes vers 1952 ! Le ministre en question, Odilon Chouffignasse, c’est celui des Postes et Télécommunications.

Il apparaît donc normal qu’il se renseigne sur l’état des lignes téléphoniques insulaires qu’il a en charge. Dans son cas, cela revêt une insistance particulière.

Effectivement, l’épouse de cet élu du peuple se trouve être en vacances dans cette île de rêve.

Et quel meilleur endroit qu’une île discrète pour abriter des relations sulfureuses.

Cela, Monsieur le Ministre, ne l’ignore pas. Comme tous les hauts personnages de la République, il a facilement accès aux dossiers concernant ces lieux de perdition. Il a bien tenté d’en dissuader son épouse, la douce Héloïse, née de La Chambardière, qui n’a rien voulu savoir :

-         Mais enfin, mon ami lui dit-elle, ce ne sont là que ragots de chaumières populaires.

Lui n’est pas convaincu, car, son chef de cabinet chargé de l’examen du dossier secret remis par les RG comporte deux parties distinctes.

La première sur les mœurs des habitants de l’île est, certes, pour ceux-là d’une transparence limpide. Il y est dit que les Porquerollais sont des gens heureux dans leur île, accueillants, mais stricts sur le respect de leur environnement. En fait, ils sont contents de voir des touristes l’été, qui par leurs dépenses, vont aider à faire bouillir la marmite.

La seconde partie du manuscrit, se voulant discrète traite des activités libertines des vedettes en tous genres, artistes chevelus, peintres égocentriques, écrivains lyriques dans l’absolu, le tout accompagné d’une faune femelle aux mœurs souvent débridées. Ce qui fait dire aux pêcheurs du port :

-         C’est sûr, que dans l’île, elles sont comme sur un bateau. Et sur un bateau, je l’ai entendu dire que les femmes, elles sont plus pareilles

-         Comment ça plus pareilles ? demande le Zé toujours l’affût de drôleries pagnolesques.

-         Vouaî ! Elles font n’importe quoi, et si le mari, il est pas là, il peut jouer au loto ! Sûr qu’il va tirer les bons numéros !

En fait, fins observateurs, les Porquerollais n’ignorent pas, par exemple, que la belle américaine, Marylin Slipman, qui vient tous les ans sur son yacht, retrouve un beau gaillard bronzé. En fait, un moniteur sauveteur CRS, qui à réussi à se faire nommer en mission, pour assurer la sécurité de quelques hauts personnages.

D’autres bandes se retrouvent sur l’extrémité discrète d’une grande plage, que je ne peux pas nommer, pour prendre le bain de minuit disent-ils.

Gu, un pêcheur, qui les a bien vus, un soir qu’il était en train de chasper, dans les cystes, la Tine Bouffarigue en a fait un tableau paillard :

-         Je vous le dis ! Ils se couraient après ! Vouaï !

-         Et alors ! reprends le Père Sébastien Pinouchote, curé de l’île.

Lui, on l’appelle aussi déformant volontiers son nom, le père Pin-up, surtout dit la rumeur parce que les séances au confessionnal sont souvent beaucoup plus longues avec les jolies filles venant se faire pardonner leurs péchés de chair. La même rumeur se fait perverse, d’après certains qui l’auraient entendu dire « Après, mon enfant…après … ? » Mais il doit s’agir là de propos tenus à la suite d’un abus marqué de nombreux petits jaunes ! Va savoir…  Ce qui par contre ne l’empêche pas, pour mieux surveiller ses ouailles dit-il, de venir, lui aussi le soir sacrifier au plaisir de quelques pataclets bien frais. Il reprend donc, dans le droit-fil de la conversation :

-         C’est pas interdit de courir sur une plage ? C’est du sport, comme ils en font tous les matins ! Le jogging comme ils disent. Là ils le font la nuit, parce qu’il fait frais ! Il ne faut pas voir le mal partout.

Et, de citer la parabole de la paille et de la poutre.

-         Bien sur mon père lui répond Gu, mais là c’est autrement à la fin. J’ai tout vu !

L’équipe du bar des Pescaîres qui tend l’oreille se rapproche et forme cercle soudainement intéressé. Il y a là, en plus du Gu, Olivier le scaphandrier du port, Titin l’amphore, parce qu’il vit de cette pêche frauduleuse, Jo du Frioul, et quelques autres gaillards haut en couleurs.

Tous veulent maintenant connaître la suite :

-         Je le sais parce que j’ai oublié de vous dire l’essentiel ! Tout le monde est à poil ! Oui ! Ils disent que c’est mieux. Alors mon père, votre sermon Dimanche, ça va être sur ces coin en Palestine où le bon dieu il les a tous transformé en statue de sel Cérébos !

Pour en revenir au dossier des services secrets, ces bacchanales sont décrites en termes froids, techniques et circonstanciés d’une crudité toute administrative.

Ce qui fait comprendre que notre ministre soit inquiet quand on lui dit que l’on ne peut plus joindre Porquerolles. Dans ces moments-là n’importe qui imagine n’importe quoi, le pire en l’occurrence. Dans son cas, surtout, le scandale qui risque de suivre. C’est que le président de la République, lui ne plaisante pas avec les choses du sexe.

Odilon lui se sent un peu visé, ayant épousé une jolie fleur de vingt-cinq ans sa cadette. Même si cette dernière est d’une fidélité irréprochable, ses amis politiques dont on connaît la valeur des sentiments confraternels, laissent entendre que…

Aussi, éternellement inquiet, il ne cesse de mettre en garde sa tendre épouse.

En particulier sur ce congé à Porquerolles où elle se rend pour la première fois :

-         Lisou, ma chère, vous êtes bien innocente, une blanche agnelle comme vous risque d’avoir des aventures dramatiques dans ce lieu de perdition. Aussi, pensez à ma situation. Si le Président apprend, ne serait ce qu’un brin de propos calomnieux, nous nous retrouverons dans ma circonscription du Haut Garton, où je ne suis même pas sur d’une possible réélection.

-         Mais mon Papounet, doux surnom dont elle l’affuble volontiers, ce qui a le don de l’agacer quand cela lui échappe dans les cocktails, je ne suis pas une oie blanche quand même. Ma mère, la comtesse Zoé de La Chambardière, m’a religieusement éduquée. En particulier, me mettant en garde, en insistant sur le sixième commandement…Œuvre de chair…gnin…gnin…Je connais ! 

Malgré cela notre ministre est on ne peut plus inquiet. Maintenant, il lui est annoncé que le téléphone est coupé avec l’île. Aussitôt, il donne l’ordre de rétablir les circuits dans les plus brefs délais. La situation ne s’arrange pas quand on lui apprend, après vérification, que c’est incompréhensible, que tout est bien en place.

Se rappelant que le Ministre de la Marine est un ami lui ayant fait obtenir une ligne téléphonique rapidement, pour sa garçonnière en Sologne, il appelle ce dernier :

-         Cher ami, j’ai un petit souci. Je n’arrive pas à joindre ma femme en vacances dans l’île de Porquerolles. Moi, le ministre des télécommunications ! Stupéfiant non ? Alors voilà, pourriez-vous, discrètement bien sûr, envoyer là-bas la vedette des gendarmes maritimes de Toulon pour voir ce qu’il en est ?

-         Comment vous refuser répond l’autre ? Je donne des ordres de suite et en ce sens et je vous tiens au courant.

Une demi-heure passe, le chef de cabinet :

-         Monsieur le ministre, le ministre de la marine est en ligne

-         Merci. Allo ! Cher ami qu’en est-il ?

-         Et bien, je suis navré de ne pouvoir vous donner satisfaction, il souffle sur la Provence un coup de vent d’ouest de force 6 qui va en se renforçant. Donc impossible de faire sortir la Margueritte.

-         Marguerite ! Marguerite ! Mais enfin…

-         Que je vous explique, c’est le nom de la vedette de la gendarmerie maritime.

-         Bon d’accord insiste Odilon, vous n’avez pas quelque chose de plus gros, je ne sais pas moi. Pas le porte-avions, il tombe toujours en panne. Vous avez bien autre chose quand même. Le Richelieu, un cuirassé, c’est du solide çà, il ne bouge jamais. Comment, dites-vous ? C’est trop important, il faut trois jours pour le mettre en chauffe. Alors, pourquoi pas un croiseur, le Georges Leygues ? Il n’est pas prêt non plus celui-là ! On est bien capable de perdre, si les Patagons nous déclarent la guerre sans préavis. Un DE ? Qu’est ce que c’est ? Oui, un escorteur, le Somali, pourquoi pas.

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C’est du matériel américain de 1944, il doit tenir le coup pour aller de Toulon à Porquerolles ? Bon, enfin, si vous me le garantissez. Pendant que l’on y est, ajoutez-moi quelques commandos solides pour prendre ma femme en charge, on ne sait jamais.

Á l’autre bout du fil, le marin, lui commence à être excédé des demandes péremptoires de son collègue. Mais comment refuser, alors que le téléphone qu’il a obtenu lui permet de joindre sa femme toutes les heures. Cette dernière un brin jalouse, le soupçonnant, non sans raison, d’entretenir des amours solognotes ancillaires. Il dicte donc un message à l’officier de service :

-         De Ministère Marine nationale, à Prémar 3. Mettre en route, dans les délais les plus brefs un DE à destination de l’île de Porquerolles. Y faire embarquer une section de Fusiliers marins pour protection et récupération de Madame Héloïse Choufignasse, née comtesse de La Chambardière, épouse du ministre des Postes et Télécommunications. Rendre compte après mission. Signé 24 8 53 Zoulou.

Mais, pendant ce temps-là, sur la Provence cela ne s’arrangeait pas. Le Mistral déjà très fort vient de s’allonger et se transforme en un de ces coups de brafougne qui commence à coucher les arbres. Cependant, vent arrière, le navire de la Royale réussit à parvenir au port de Porquerolles.

Sur l’île, mis à part le sable soulevé par le vent qui gênait le bronzage de ces dames, tout le monde vit heureux. L’arrivée du DE mouillant devant le port en surprend plus d’un.

Surprise accentuée par le débarquement, en zodiac, des quarante commandos, en tenue camouflée, et en armes.

Le maire requis ainsi que le gendarme de l’île, tous deux, furent sommés de remettre en main propre la femme du ministre des P et T, dans les plus brefs délais.

Hélas, elle était introuvable. Après échange d’appel radio, le téléphone ne fonctionnant toujours pas, le ministre des armées, mis dans la confidence, à son tour, autorisa un ratissage des zones boisées et plages discrètes surtout. On craignait le pire ! On ne fut pas déçu. C’est le père Mafanti, un retraité qui mit le premier, le commandant du détachement, sur la piste :

-         Lisou, comme ils l’appellent ici, bien sûr que je sais où elle est. Mais vous n’allez pas la déranger, c’est une brave nistonne. Une fois par semaine en passant elle m’offre une bouteille de pastaga. Alors, moi, la donner aux flics, jamais ! N’y comptez pas !

Et de rentrer s’enfermer dans son gîte, à la batterie de la Treille.

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Le gradé, Maître principal Fusilier, commando, bardé de décorations et de cicatrices guerrières, toulonnais de souche, colérique, se fâcha. Se rappelant les méthodes expéditives de nos guerres coloniales auxquelles il avait pris part :

-         Tronche d’api ! Je vais pas me laisser espincher par une vieille estrasse ! Où il est le gendarme ? Dites-lui de venir avec son Bottin téléphonique pour faire parler cette figue molle.

Le pandore, une fois sur place, lui rappela que les questionnaires musclés n’étaient plus de mode et que tenter de convaincre le père Mafanti à coups de bottin, même mondain, ne le ferait pas parler :

-         Je le connais le vieux. Laissez- moi faire, il est 11 heures du matin, je vais revenir avec ce qu’il faut à midi ? Nous aurons vite la clé du mystère.

La troupe dispersée dans le maquis alentour, le dialogue put commencer. Dialogue ouvert s’il en fut par des petits jaunes à répétition, issus de la bouteille de pastis apportée par le gendarme, habitué aux mœurs du père Mafanti. À une heure, précise, le vieux dormait d’un sommeil éthylique, le gendarme ne valait pas mieux. S’étant sacrifié aux devoirs de sa charge, il eut, juste le temps de livrer les renseignements obtenus, par cette voie éthéro-diplomatique, avant de s’écrouler dans une touffe de réganéoux :

-         La ministresse, elle est au Grand Sarannier devant la Galère. Dans la Principauté ! C’est là qu’elle habite, depuis un mois, avec la bande de chasseurs sous-marins. Faut croire qu’elle s’y trouve bien. Elle veut plus en partir.

Le marin, chef de section, manque de s’étrangler :

-         Qu’est ce que c’est que cette nouvelle embrouille ? Une Principauté, vous me prenez pour qui ? C’est pas Andorre ici quand même ?

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Le gendarme reprend un instant ses sens et lui explique que :

-         Boudiou ! Vous êtes bien de Toulon vous ! C’est une bande, ils ont racheté aux domaines l’île du Grand Sarannier et ils en ont fait une principauté comme ils disent. Ils sont tous princes ! Et les belles nines qui vont les voir, elles sont toutes des princesses comme à Monaco.

Le militaire comprend de moins en moins :

-         Bon, toutes ces histoires, ça ne m’intéresse pas. Moi, j’ai une mission !  Je dois récupérer la femme du ministre ! Peuchère, si en plus je la lui ramène princesse, tant, je prends du galon ! Maintenant comment on y va dans cette Île du Sarannier ?

-         Et ben voilà répond dans un dernier souffle son enquêteur d’occasion. C’est que çà ne va pas être facile. Le Sarannier, comme disait un député, l’autre jour à la télé, c’est une île entourée d’eau ! Alors, d’abord il va vous falloir un bateau, normal pour des marins. Ensuite, je vous conseille d’y aller cet après-midi à l’heure de la sieste. Pendant qu’ils dorment, enfin façon de parler, ils ne vous verront pas venir…Après à vous de voir. Mais je vous préviens tout de suite, ils sont pas commodes !

Il fallut renvoyer au port deux hommes du commando pour récupérer deux Zodiacs nécessaires à ce débarquement qui ne s’annonçait pas facile. Néanmoins profitant de la sieste vespérale des adversaires supposés, la troupe débarqua sans encombre.

Il était maintenant 15 heures et le calme régnait, quand le chef de la section se présenta devant la construction édifiée dans la combe au centre de l’îlot. Sortant un porte-voix, il se mit en devoir de faire les sommations d’usage :

-         Ici, la Marine Nationale ! Cela n’est pas un exercice. Vous êtes cernés de toutes parts, veuillez sortir les mains sur la tête et nous rendre l’otage que vous détenez illégalement, Madame Héloïse…

Il n’eut pas le temps d’en dire plus. Une voix ensommeillée, mais néanmoins vigoureuse, répondit plagiant presque un film de Pagnol :

-         La Marine Nationale on lui dit… suivi un mot cher à un maréchal napoléonien.

Cette courte phrase fut suivie à l’intérieur de mots peu amènes destinés aux forces de l’ordre où l’on se livrait à des allusions peu flatteuses faisant état du handicap moral de ceux qui venaient interrompre une sieste bien entamée.

Tout à coup, un coup de feu retentit. L’un des marins fatigué sans doute par la marche au soleil venait d’appuyé malencontreusement sur la détente de son arme.

La suite fut à la hauteur de cette nouvelle menace. Une fenêtre s’ouvrit, le long canon d’une arbalète de chasse sous-marine apparut lâchant une flèche qui vint se planter à deux doigts de la tête du chef de section, vibrante dans un tronc de pin, manquant de l’épingler tel un papillon de collection. Ce qui ne fut pas à son gout, on le comprendra facilement.

Aussi se tournant vers ses hommes, il ordonna de se reculer et de se reposer à l’ombre. Cela obtenu, il lui fallait maintenant convaincre la douce égarée.

Du côté de la bande de gaillards, tous étaient enfin réveillés. Leur chef, sentant que cela risquait de mal finir, s’empressa de convaincre leur charmante égérie de se rendre et de réintégrer la douceur familiale. La belle ne l’entendait pas de cette oreille et protestait vigoureusement :

-         Non, je suis heureuse ici, je mange des langoustes tous les jours, des oursins, des poissons grillés. Je bois du rosé, et vous m’aimez tous. D’ailleurs, le compte n’est pas bon pour les tours de sieste. Aujourd’hui, j’en étais à Sissou, et demain je devais terminer avec Loulou. Alors, on verra la semaine prochaine. Le ministre, je m’en fous ! Je veux devenir Porquerollaise !

Du côté des militaires, l’inquiétude gagnait devant ces propos séditieux. Un coup à se retrouver muté en Érythrée où il ne faisait pas bon vivre. Le gradé se félicita d’avoir mis ses hommes au repos, à l’abri de ces paroles. Surtout craignant les plaisanteries salaces qu’ils n’auraient pas manqué de répandre, dans les coursives de l’escorteur, lors du retour.

Non ! Dans ce domaine, le pire était à venir, mais beaucoup plus lointain. Depuis deux jours que durait la crise, le nommé Sylvio Fornicacci, journaliste chafouin, suivait le mouvement se doutant bien qu’il y avait derrière tout cela un bon papier et, qui sait, quelques photographies croustillantes en vue. Alors que le ratissage ne donnait pas de résultat, lui avait traîné sur le port et au bar des Pescaîres. Quelques réflexions rapidement lâchées lui avaient mis la puce à l’oreille.

-         Bien sur qu’elle est sur l’île la femme du ministre, la belle Lisou comme elle se fait appeler maintenant, répétait le Zé, toujours bien informé, plutôt même deux fois qu’une !

-         Deux fois tu dis reprenait Titin l’amphore, pas deux fois, je crois bien qu’ils sont cinq ou six sur le grand Sarannier…

-         Va savoir, en tout cas elle doit pas s’ennuyer, elle est toute belle, complètement bronzée, et joyeuse quand elle vient faire le marché…

-         Elle est même pas prête de repartir, elle veut acheter le poste de la Galère pour sa bande de copains et s’en faire une résidence secondaire ! C’est dire ! rajoute Jo du frioul.

Nanti de ces renseignements, de source presque sûre, ce paparazzi avant l’heure se dit qu’il ne fallait pas quitter la troupe partie chercher la folle donzelle.

Folle peut être pas, fadade un peu…Même beaucoup, quand il fallut lui faire comprendre que le retour au bercail parisien s’imposait. Cela se passa dans les larmes, l'hystérie affectueuse envers ses picaresques compagnons de bringues et autres foiridonades.

Finalement, elle consent à se vêtir décemment. Là, ouvrons une petite parenthèse, alors qu’elle était plus que courte vêtue, Silvio Fornicacci lui, allongé dans les systes sur la côte proche, un téléobjectif de grande taille sur son appareil photographique n’en perdait pas une.

Les vues en accélérée ou au ralenti s’imprimaient sur sa pellicule. Il en salivait le bougre, pensant à la coquette somme que lui offrirait pour une première de couv’ un grand magazine nationale. Il se disait que :

-         Celle-là…excellente ! De très beaux seins, madame la femme du ministre des P et T… Jolie chute de reins aussi…tiens, tiens ! Le mistral vous dévoile un peu plus…très bon çà ! Cela devient intéressant, dommage d’être un peu plus habillé, mais entre deux beaux commandos marine.

Effectivement, après avoir fait son bagage, très succinct, on s’en doute, Héloïse de la Chambardière accepta de suivre la force armée.

Elle tenait quand même dans sa main droite une bouteille de rosé qu’elle voulut partager avec ses amis. Et dont elle avait sans doute fait un usage immodéré. Le clou de la journée pour notre journaliste de grande investigation qui ne manqua pas de retranscrire les paroles vengeresses de la belle qui clamait à qui voulait l’entendre que :

-         C’est fini pour mois avec le gros ! je n’en veux plus ! je veux devenir Porquerollaise et Princesse du Grand Sarannier ! Je serai de retour la semaine prochaine.

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Le tout parut les jours suivants dans un magazine national dont le tirage fut multiplié par trois. On la voyait en couverture dans une tenue plus qu’évaporée, encadrée par deux robustes militaires, avec un titre racoleur et alléchant « La femme du ministre, en vacances à Porquerolles !... »

La suite est banale, bien triste. Beaucoup plus le mercredi suivant, quand le Président de la République lors du conseil des ministres, fit tomber le lourd et cruel couperet :

-         Messieurs, j’ai ouïe dire que l’un d’entre vous, lors de la recherche de son épouse égarée sur une île du sud s’était cru autoriser l’utilisation de l’un des navires de notre Marine Nationale. D’après la presse à scandales que j’ai sous les yeux, que vous avez lus sans doute, il aurait finalement retrouvé sa charmante épouse en galante compagnie, si j’ose m’exprimer ainsi. Avec le concours du secrétaire d’état à la dite Marine. Accessoirement celui des armées. Cela n’est pas admissible. J’ai donc décidé un léger remaniement au sein de notre gouvernement. Monsieur Choufignasse est reconduit dans sa circonscription. Monsieur le secrétaire d’État à la Marine retourne à son embarquement initial. Mais, sur le navire stationnaire de St Pierre et Miquelon. Ce qui lui rafraîchira les idées, un tant soit peu.

Se tournant vers le nouveau Ministre des P et T :

-         Votre première mission, si vous l’acceptez, sera de m’expliquer pour quelle raison l’île de Porquerolles est toujours isolée, sans téléphone ! Avez-vous déjà une quelconque réponse ?

Le nouveau ministre, confus, confesse que vu sa nomination rapide, le temps lui a manqué. Que des fonctionnaires qualifiés sont actuellement en grand nombre dans tous les centraux téléphoniques du Var pour tenter de remédier à cette fâcheuse panne. Le Président écoute et soudain :

-         Mais bon sang, Monsieur, je ne sais pas si je vais vous garder longtemps, vous aussi ! Avez-vous pensé à regarder le câble sous-marin, il doit être coupé tout simplement ! Décidément je dois tout faire moi-même ici !

Dans le quart d’heure qui suivit, le nouveau secrétaire d’État à la marine envoyait un message à la Préfecture maritime à Toulon :

-         Ministère rue royale à Prémar 3. Envoyez tout de suite plongeurs démineurs pour vérification du câble téléphonique de Porquerolles. Joindre vedette de la gendarmerie maritime en vue constat. Faire parvenir dans les délais les plus brefs, rapport à Présidence de la République.  30 08 53 zoulou.

Ces vaillants plongeurs n’eurent pas à chercher longtemps. En arrivant sur les lieux ils découvrirent un scaphandrier à casque, qui découpait des longueurs d’un câble de cuivre qu’il déclara, abandonné au fond de la mer.

Interrogé vigoureusement, sur ce vol de bien de l’état, il affirma dans le procès-verbal :

-         Moi, Luigi Palombaro, scaphandrier de mon état, déclare avoir découvert un câble qui passait sur l’épave de la Tempête où j’ai l’autorisation de faire de la ferraille. J’en ai conclu qu’il s’agissait là d’une partie de la dite épave et j’ai entrepris d’en récupéré des longueurs de 100 mètres. J’ignorais totalement qu’il s’agissait du téléphone. Ce câble ne devrait pas être là. J’ai une autorisation en bonne et due forme. Je suis innocent.

La fin de cette bien triste histoire fut cependant pour lui, heureuse car devant de tels arguments, il fut relaxé de toutes charges. Il ricanait le soir même au Bar des Scaphandriers sur le port de Toulon :

-         Et alors, je leur ai dit à tous ces marquamaous, le fond de la mer et tout ce qui s’y trouve ça appartient au scaphandrier.

Bien que cette vérité historique n’ait pas déclenché cette histoire un brin politico-grivoise, je dois préciser, que l’affaire du câble coupé et récupéré par un scaphandrier lourd serait…véridique.

« Cette nouvelle fait partie des Contes du Cap Sicié dont il me reste trois exemplaires pouvant faire l’objet d’une dédicace éventuelle »

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23/12/2015
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